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Economie

Dette africaine : Ndongo Samba Sylla critique l’endettement en devises et plaide pour une monnaie nationale dans les pays CFA

L’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla a livré une analyse critique des mécanismes de la dette africaine lors d’une rencontre d’experts organisée à Dakar par le réseau IDEAS-Africa Network. Selon lui, les crises de dette qui frappent de nombreux pays…

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Dette africaine : Ndongo Samba Sylla critique l’endettement en devises et plaide pour une monnaie nationale dans les pays CFA

L’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla a livré une analyse critique des mécanismes de la dette africaine lors d’une rencontre d’experts organisée à Dakar par le réseau IDEAS-Africa Network. Selon lui, les crises de dette qui frappent de nombreux pays africains ne s’expliquent pas principalement par un excès d’endettement, mais par une perte de contrôle sur les ressources financières et les devises générées par leurs économies.

Le Directeur Afrique de l’IDEAS a estimé que le débat sur la dette africaine est souvent abordé sous un angle erroné. D’après lui, plusieurs pays africains à revenus faibles ou intermédiaires disposent en réalité d’un niveau d’endettement relativement limité lorsqu’il est comparé à celui des grandes puissances économiques.

« Pour 129 pays, leur dette extérieure totale est inférieure à la seule dette fédérale de l’Allemagne », a-t-il expliqué, estimant que les États africains ne sont pas nécessairement « surendettés » au sens absolu du terme.

Ndongo Samba Sylla considère que le véritable problème réside surtout dans la nature de cette dette, contractée en monnaie étrangère. Selon lui, cette dépendance expose les économies africaines à des risques majeurs liés aux taux d’intérêt, aux fluctuations monétaires et aux difficultés de refinancement.

L’économiste souligne que les pays développés bénéficient d’un avantage déterminant : ils s’endettent principalement dans leur propre monnaie. Cette situation leur offre une plus grande marge de manœuvre budgétaire et monétaire.

Pour illustrer son propos, il cite le cas du Japon, dont la dette dépasse largement 200 % du PIB sans pour autant provoquer de défaut de paiement. À l’inverse, certains pays du Sud ont connu des crises de solvabilité avec des niveaux de dette beaucoup plus faibles.

Selon lui, les indicateurs classiques de dette rapportée au PIB ne permettent donc pas de comprendre réellement la vulnérabilité financière des pays africains.

Mais au-delà de la question monétaire, Ndongo Samba Sylla pointe également le rôle du système financier international et des multinationales dans les déséquilibres économiques du continent.

D’après lui, plusieurs pays africains disposent de ressources suffisantes pour faire face à leurs engagements financiers, mais ces ressources échappent en grande partie au contrôle des États. Il accuse les multinationales de rapatrier massivement les devises issues des exportations africaines sous forme de profits, de dividendes ou de flux financiers illicites.

L’économiste prend l’exemple du Ghana où, entre 2000 et 2020, les multinationales auraient rapatrié environ 18 milliards de dollars de profits et dividendes, soit davantage que les 16 milliards de dollars consacrés au service de la dette extérieure publique sur la même période.

Selon lui, si ces ressources restaient sous contrôle national, les États africains auraient beaucoup moins recours à des emprunts extérieurs coûteux.

Le cas de la Zambie est également cité comme illustration des failles du système actuel. Ndongo Samba Sylla rappelle que le pays avait fait défaut en 2020 sur un paiement d’environ 40 millions de dollars, alors même que des milliards de dollars issus des exportations de cuivre échappaient au circuit officiel de rapatriement.

À l’inverse, il met en avant des pays comme le Botswana ou la Libye qui, selon lui, ont pu limiter leur dépendance à l’endettement extérieur grâce à un meilleur contrôle de leurs ressources naturelles stratégiques.

Face à ces constats, l’économiste plaide pour une réforme profonde du système de paiement international afin de permettre aux pays africains de mieux contrôler les devises générées par leurs exportations.

Concernant les États de la zone CFA, Ndongo Samba Sylla défend également la mise en place de monnaies nationales émises par des banques centrales souveraines. Selon lui, cette réforme permettrait notamment au Sénégal de récupérer une partie importante des ressources actuellement perdues à travers les déficits extérieurs et les sorties de capitaux.

Il estime qu’une telle transformation réduirait considérablement le besoin d’austérité budgétaire souvent imposé aux pays africains dans le cadre des programmes de stabilisation économique.

Pour l’économiste, les politiques d’austérité appliquées dans plusieurs pays du continent ne sont pas seulement socialement coûteuses, elles sont également inutiles si des réformes structurelles permettent de restaurer la souveraineté monétaire et le contrôle des ressources financières nationales.

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