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TRIBUNE

Tribune | Le temps du culte de la personnalité est terminé, la jeunesse mérite des résultats (Par El Hadji C. Kane)

L’histoire politique récente du Sénégal est aussi celle d’une jeunesse qui a cru en un homme. Une jeunesse qui s’est mobilisée, qui est descendue dans la rue, qui a affronté les forces de l’ordre et qui, pour certains, a payé le prix le plus lourd : la…

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Tribune | Le temps du culte de la personnalité est terminé, la jeunesse mérite des résultats (Par El Hadji C. Kane)

L’histoire politique récente du Sénégal est aussi celle d’une jeunesse qui a cru en un homme. Une jeunesse qui s’est mobilisée, qui est descendue dans la rue, qui a affronté les forces de l’ordre et qui, pour certains, a payé le prix le plus lourd : la perte de la vie.

Tout est parti de l’affaire Sweet Beauté. À l’époque, Ousmane Sonko, accusé de viol par Adji Sarr, affirmait être victime d’un complot politique. Des milliers de jeunes l’ont cru. Ils ont défendu leur leader avec une détermination sans précédent, convaincus que le combat dépassait sa personne et qu’il s’agissait de défendre la démocratie.

La justice a ensuite suivi son cours. Ousmane Sonko a été condamné pour corruption de la jeunesse dans le dossier Sweet Beauté. Dans une autre affaire, celle qui l’opposait à Mame Mbaye Niang, il a également été condamné pour diffamation, une décision qui a eu pour conséquence de l’empêcher d’être candidat à l’élection présidentielle de 2024.

Malgré cela, son influence politique est restée intacte. Son choix s’est porté sur Bassirou Diomaye Faye, élu président de la République, tandis que lui-même accédait à la Primature. Pour beaucoup de Sénégalais, cette victoire représentait l’espoir d’une rupture avec les anciennes pratiques et d’un nouveau départ.

Deux ans plus tard, une question mérite d’être posée : où est cette rupture ?

Les jeunes qui rêvaient d’un Sénégal transformé continuent de faire face au chômage, à la précarité et au manque de perspectives. Beaucoup attendaient une amélioration rapide de leurs conditions de vie. À leurs yeux, ces attentes restent largement insatisfaites.

Pendant ce temps, le débat public semble davantage occupé par les tensions entre les plus hautes autorités de l’État que par les réponses concrètes aux difficultés quotidiennes des Sénégalais.

La récente révélation de l’existence d’un fonds politique de 1 770 000 000 FCFA utilisé par Ousmane Sonko durant son passage à la Primature ouvre également un débat essentiel sur la transparence. Au-delà de sa légalité, de nombreux citoyens s’interrogent sur le fait que son existence n’ait été rendue publique qu’après deux années d’exercice du pouvoir. Dans une République qui promettait la gouvernance vertueuse, les exigences de transparence doivent être élevées.

Mais le véritable sujet dépasse Ousmane Sonko.

Le véritable sujet, c’est cette tendance, au Sénégal comme ailleurs, à transformer les responsables politiques en figures intouchables. Aucun homme politique ne devrait être au-dessus de la critique. Aucun ne mérite que des jeunes mettent leur vie en danger pour lui. La démocratie ne repose pas sur la fidélité à un leader ; elle repose sur l’exigence de résultats.

Un gouvernement ne se juge pas à la puissance de ses discours ni à la ferveur de ses militants. Il se juge à sa capacité à créer des emplois, à améliorer le pouvoir d’achat, à renforcer l’école, à moderniser les hôpitaux, à soutenir les entreprises et à redonner de l’espoir à une jeunesse qui refuse de voir son avenir se résumer à l’émigration ou au chômage.

La jeunesse sénégalaise doit tirer une leçon de ces dernières années : elle ne doit plus servir de bouclier politique à qui que ce soit. Son énergie, son engagement et son courage doivent être mis au service du Sénégal, pas d’un homme.

Les dirigeants passent. La République demeure. Et l’histoire finit toujours par juger les responsables politiques, non pas sur leurs promesses ou leur popularité, mais sur ce qu’ils auront réellement changé dans la vie des citoyens.

Le Sénégal n’a pas besoin de héros. Il a besoin de dirigeants responsables, transparents et comptables de leurs actes. C’est à cette seule condition que la confiance entre le peuple et ses gouvernants pourra être durablement restaurée.

El Hadji Cheikh Kane

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