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Société

Lutte contre la pauvreté au Sénégal : des progrès réels, mais un défi structurel toujours présent

Le Sénégal a enregistré une baisse mesurée mais significative de la pauvreté au cours de la dernière décennie. Selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, le taux de pauvreté est passé de 42,8 % en 2011 à 37,5 % en 2022.…

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Lutte contre la pauvreté au Sénégal : des progrès réels, mais un défi structurel toujours présent

Le Sénégal a enregistré une baisse mesurée mais significative de la pauvreté au cours de la dernière décennie. Selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, le taux de pauvreté est passé de 42,8 % en 2011 à 37,5 % en 2022. Cette évolution traduit une amélioration du niveau de vie pour une partie de la population et témoigne d’une certaine résilience face aux chocs successifs, notamment la pandémie de Covid-19 et les perturbations économiques mondiales. Toutefois, derrière cette progression se cachent des fragilités structurelles persistantes et de fortes disparités territoriales.

La réduction du taux de pauvreté s’explique en grande partie par la montée en puissance des programmes sociaux. Le Programme National de Bourse de Sécurité Familiale (PNBSF) a soutenu en 2023 plus de 355 000 ménages vulnérables, grâce à des transferts monétaires réguliers. Parallèlement, la Couverture Maladie Universelle (CMU) et la Carte d’Égalité des Chances, qui compte plus de 75 000 bénéficiaires, ont contribué à renforcer le filet de protection sociale. L’État consacre des ressources importantes à ces dispositifs, avec notamment 32,6 milliards de francs CFA mobilisés annuellement pour les bourses familiales.

Cependant, cette dynamique positive reste fragile. Entre 2019 et 2022, la pauvreté n’a reculé que de 0,3 point, signe d’un ralentissement dans la capacité des politiques publiques à produire un changement structurel durable. Les retards de paiement, les difficultés de ciblage des bénéficiaires et la couverture encore incomplète des programmes limitent l’efficacité de la Stratégie nationale de Protection Sociale. Pour accélérer la tendance, un renforcement budgétaire et une modernisation de la gestion des données sociales apparaissent indispensables, afin d’améliorer la transparence et l’efficacité des interventions.

L’analyse de l’Objectif de développement durable 1 met également en évidence une fracture territoriale marquée. Les pôles de Dakar et de Thiès se distinguent nettement, avec des taux d’atteinte respectifs de 68,9 % et 67,8 %. Ces régions bénéficient d’une forte concentration d’infrastructures, d’une meilleure intégration aux circuits économiques et d’un accès élargi aux services sociaux de base. Elles ont déjà parcouru les deux tiers du chemin vers les cibles fixées à l’horizon 2030.

À l’inverse, les pôles Sud-Est et Sud accusent un retard considérable, avec des scores respectifs de 27,8 % et 34,1 %. Ces territoires souffrent d’un enclavement structurel, d’un déficit d’infrastructures et d’une faible densité de services publics. Entre ces deux extrêmes, des zones comme Diourbel-Louga et le pôle Centre affichent des performances intermédiaires, où les filets sociaux atténuent la précarité sans parvenir à briser le cycle de pauvreté.

La lecture régionale confirme cette dichotomie. Dakar, Thiès et Diourbel forment un noyau relativement dynamique, tandis que Kédougou, Kolda et Sédhiou concentrent les urgences sociales, avec des écarts dépassant parfois 40 points par rapport aux régions leaders. Dans ces zones périphériques, l’isolement géographique et la faible diversification économique freinent les perspectives d’ascension sociale.

Au regard de ces constats, la réduction durable de la pauvreté au Sénégal nécessite une approche différenciée. Au-delà des transferts sociaux, il s’agit d’investir massivement dans les infrastructures, l’éducation, l’agriculture moderne et les activités génératrices de revenus, en ciblant prioritairement les territoires les plus en retard. La consolidation des acquis passe également par une meilleure coordination entre les politiques sociales et les stratégies de développement économique local.

Le Sénégal a donc franchi une étape importante dans la lutte contre la pauvreté, mais le chemin vers une transformation structurelle inclusive reste long. À l’approche de l’échéance 2030, l’enjeu majeur sera de transformer les progrès quantitatifs en changements durables et équitables, afin qu’aucune région ni aucun citoyen ne soit laissé en marge du développement.

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