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Société

Kaolack : menacée pour son combat contre l’excision, une militante contrainte à l’exil

Insultes quotidiennes, intimidations répétées, menaces de mort explicites, attaques verbales et psychologiques. Le combat contre l’excision, pourtant interdite par la loi sénégalaise, continue de se mener dans un climat de peur et de violence. Sockhna Diop…

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Kaolack : menacée pour son combat contre l’excision, une militante contrainte à l’exil

Insultes quotidiennes, intimidations répétées, menaces de mort explicites, attaques verbales et psychologiques. Le combat contre l’excision, pourtant interdite par la loi sénégalaise, continue de se mener dans un climat de peur et de violence. Sockhna Diop en a payé le prix fort.

Figure engagée de la lutte contre les mutilations génitales féminines dans son village natal de Mbellengouth, ainsi que dans plusieurs localités du département de Kaolack, la jeune militante a vu son quotidien basculer à mesure que son action gagnait en visibilité. Dans les villages où elle intervenait, les critiques ont rapidement laissé place à des attaques personnelles, d’abord verbales, puis ouvertement violentes.

« Elle était traitée d’ennemie de la tradition, d’impie, de traîtresse à sa communauté », témoigne son père, Moussa Diop.

Sur les réseaux sociaux comme au sein des concessions familiales, les insultes se multipliaient, accompagnées de mises en garde glaçantes. Les exciseuses, soutenues par certains cercles communautaires, voyaient en elle une menace directe à leur autorité et à leurs sources de revenus.

Les pressions se sont intensifiées au fil du temps. Des messages anonymes promettaient des représailles. Des propos évoquant la mort circulaient sans détour. « On lui a clairement fait comprendre qu’elle était désormais une cible », confie sa mère, Siga Diouf.

Une violence psychologique constante, nourrie par la peur, l’isolement et l’absence de protection réelle, s’est installée. Dans ce contexte, rester devenait un risque majeur. Face à l’escalade des menaces et à un sentiment d’abandon sécuritaire, Sockhna Diop a été contrainte de prendre le chemin de l’exil vers les États-Unis d’Amérique. Une fuite forcée, loin de sa famille et de son terrain d’engagement, pour préserver sa vie.

Mais l’exil n’a pas effacé les blessures. « Cette histoire remonte à mars 2021, mais les menaces persistent parfois, même à distance », confie Mouhamed Moustapha Ndiaye, membre de son organisation. Car partir ne signifie pas toujours être en sécurité, surtout lorsque la haine franchit les frontières.

À travers le cas de Sockhna Diop se dessine une réalité alarmante : au-delà des textes de loi, les défenseuses des droits des femmes restent exposées à des violences graves, souvent banalisées. Insultes, menaces, diffamation et pressions communautaires constituent des armes redoutables pour faire taire celles qui dérangent.

Son parcours pose une question cruciale : combien de militantes devront encore se cacher ou s’exiler pour avoir osé protéger des filles ? Tant que la peur continuera d’étouffer les voix courageuses, la lutte contre l’excision restera un combat à haut risque.

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