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Crise de langage et vertige institutionnel : Yoro Dia fustige la banalisation de l’insulte au sommet de l’État

La sortie jugée cavalière de Birame Soulèye Diop, ministre de l'Énergie et cadre de premier plan du parti Pastef, continue de susciter un tollé dans l’espace public. Invité récemment à s'exprimer face à la virulence de certaines critiques contre son camp,…

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Crise de langage et vertige institutionnel : Yoro Dia fustige la banalisation de l’insulte au sommet de l’État

La sortie jugée cavalière de Birame Soulèye Diop, ministre de l'Énergie et cadre de premier plan du parti Pastef, continue de susciter un tollé dans l’espace public. Invité récemment à s'exprimer face à la virulence de certaines critiques contre son camp, Birame Soulèye a surpris en appelant les militants de Pastef à "répondre aux insultes par des insultes". Une ligne de communication qui rompt avec l’éthique républicaine attendue d’un haut responsable d’État et qui a déclenché une vague d’indignation. Parmi les réactions les plus virulentes, celle du Dr Yoro Dia, ancien conseiller en communication de la présidence et intellectuel respecté, tranche par sa densité historique et sa charge symbolique.

Dans un post publié sur X (ex-Twitter), Dr Yoro Dia n’a pas mâché ses mots. Il a comparé Pastef au pouvoir à l’invasion mongole de Bagdad en 1258, un événement tragique qui symbolise, dans l’imaginaire collectif, la fin d’un âge d’or intellectuel et la plongée dans une époque de chaos et de dévastation. "Pastef et l'État. C'est comme les Mongols à Bagdad : brutalité et vulgarité. L'État ne les anoblira pas", a-t-il écrit, dans une formule brutale, mais évocatrice.

Cette comparaison historique, lourde de sens, illustre à quel point Yoro Dia perçoit une rupture entre l’idéal républicain et la pratique actuelle du pouvoir par certains membres de Pastef. En assimilant la banalisation de l’invective à une forme de "barbarie", il place la sortie de Birame Soulèye bien au-delà d’un simple excès verbal. Il y voit un symptôme : celui d’une dérive populiste dans la parole publique, une régression intellectuelle et institutionnelle où l’insulte remplace l’argument, et où la force de l’émotion l’emporte sur la rigueur du discours.

"Si La Lumière était leur Loi, ils n’auraient pas incendié l’UCAD comme les Mongols les Bibliothèques de Bagdad", poursuit-il, dans une attaque directe contre les militants identifiés à Pastef, accusés d’avoir participé aux destructions de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) lors des manifestations de 2023. Par ce parallèle, Yoro Dia semble suggérer que le projet politique porté par une certaine frange de Pastef est non seulement en rupture avec les valeurs de la République, mais également potentiellement destructeur pour les bastions du savoir et du débat rationnel.

Au-delà de la critique de forme, c’est une critique de fond que formule Yoro Dia : un pouvoir qui banalise l’insulte et valorise la confrontation verbale au détriment du dialogue, de la modération et de l’élévation intellectuelle, met en danger l’idée même de gouvernance éclairée. Pour lui, l’État ne saurait être un prolongement militant. Il rappelle ainsi, à mots couverts, que l’exercice du pouvoir requiert hauteur, sens de la responsabilité et maîtrise du langage. L’État, dit-il en substance, ne donne pas automatiquement la noblesse à ceux qui y accèdent. Il ne fait que révéler ce qu’ils portent en eux.

Cette sortie de Yoro Dia résonne comme un avertissement. À l’heure où le Sénégal tente de rebâtir une démocratie apaisée après des années de tension, la qualité du langage politique devient un baromètre de la maturité du régime. Réduire l’échange d’idées à une guerre de slogans ou d’insultes, c’est risquer de replonger le pays dans l’obscurité intellectuelle qu’il s’était toujours efforcé d’éviter.

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