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Justice

Tribunal de Dakar – Affaire Badara Gadiaga : Les dessous d’un report stratégique d’inculpation

Le chroniqueur de la TFM, Badara Gadiaga, s’est retrouvé au cœur d’un imbroglio judiciaire tendu, ce jeudi 10 juillet 2025, au Tribunal de grande instance de Dakar. Inculpé pour des faits jugés graves, il a néanmoins échappé – provisoirement – à un…

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Tribunal de Dakar – Affaire Badara Gadiaga : Les dessous d’un report stratégique d’inculpation

Le chroniqueur de la TFM, Badara Gadiaga, s’est retrouvé au cœur d’un imbroglio judiciaire tendu, ce jeudi 10 juillet 2025, au Tribunal de grande instance de Dakar. Inculpé pour des faits jugés graves, il a néanmoins échappé – provisoirement – à un placement sous mandat de dépôt, grâce à une manœuvre stratégique de ses avocats.

Le ministère public a transmis le dossier de Badara Gadiaga au doyen des juges d’instruction, avec une batterie de chefs d’inculpation lourds :

Discours contraires aux bonnes mœurs, Diffusion de fausses nouvelles, Offense à une personne exerçant tout ou partie des prérogatives du président de la République, Violation de l’article 80 alinéa 2 du Code pénal, Et également des infractions prévues aux articles 254, 255 et 257 du même code.

Ce dernier article (257), rarement mobilisé dans les affaires de presse, évoque notamment la réception ou l’acceptation de dons à des fins de propagande compromettant la sécurité publique. Une disposition qui confère à ce dossier une coloration politique et sécuritaire non négligeable.

Face à la gravité des faits, les avocats de Badara Gadiaga – Mes Baba Diop, Moustapha Dieng, Alioune Badara Fall, Souleymane Soumaré, Aboubacry Barro, Abou Alassane Diallo et Malick Fall – ont opté pour une posture de fermeté. Estimant que les conditions d’une défense sereine n’étaient pas réunies, ils ont invoqué l’article 101 du Code de procédure pénale, qui permet de solliciter un délai pour organiser une défense efficace.

Dans un premier temps, le juge d’instruction a rejeté la demande de renvoi formulée par la défense. Gadiaga a alors pris l’initiative d’écrire lui-même au magistrat instructeur, demandant le report afin d’être assisté convenablement. Mais là encore, le juge s’est montré inflexible.

Face à ce double refus, les avocats ont décidé de quitter la salle, laissant leur client seul face au magistrat. Un geste fort, à la limite du boycott judiciaire, qui a fait hésiter le juge. Ce dernier a ensuite invité Gadiaga à convaincre ses avocats de revenir. Ces derniers, solidaires, ont maintenu leur position.

Finalement, après de longues discussions et au vu du contexte tendu, le juge a cédé : l’audience de première comparution est reportée au lundi 14 juillet 2025, évitant ainsi, temporairement, une possible détention provisoire du chroniqueur.

Parallèlement aux accusations publiques, une dimension financière alimente le volet judiciaire du dossier. Lors de l’enquête préliminaire, les enquêteurs de la Division spéciale de cybercriminalité (DSC) ont mis au jour l’existence d’une plateforme numérique dénommée GSIE, liée à Badara Gadiaga.

Interrogé sur ses activités économiques, le journaliste aurait éludé certaines questions, notamment sur les entités juridiques qu’il contrôle. Mais les enquêteurs ont retracé des flux financiers suspects, laissant penser à des mouvements de fonds via GSIE, notamment du compte bancaire vers un compte Orange Money.

S’il reconnaît avoir utilisé cette plateforme, Gadiaga nie catégoriquement toute origine illicite des fonds, affirmant qu’il s’agissait de simples transferts personnels. Reste que les soupçons persistent, et cette découverte aurait motivé l’invocation de l’article 80 alinéa 2 du Code pénal, souvent utilisé dans les affaires touchant à la sécurité de l’État.

L’affaire Badara Gadiaga dépasse désormais le simple cadre d’une sortie médiatique controversée. Entre liberté d’expression, sécurité publique, financement opaque et tensions politiques sous-jacentes, ce dossier s’annonce comme un véritable test pour l’indépendance de la justice et la solidité de l’État de droit au Sénégal.

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